Si Phan Don et le Sud
Au sud, le Mékong s'élargit en archipel de 4000 îles avant de buter sur les chutes de Khone Phapheng, dans une plaine que veille le sanctuaire khmer de Vat Phou.
Le sud du Laos commence pour nous quelque part après Paksé, quand la route quitte les contreforts du plateau des Bolovens et redescend vers la plaine du Mékong. Le fleuve, ici, n'a plus rien de la rivière encaissée que l'on traverse à Luang Prabang : il s'étale, ralentit, se divise. À la frontière cambodgienne, sa largeur atteint 14 kilomètres en saison des pluies et il se fragmente en quatre mille îles, le Si Phan Don, avant de buter sur la barre rocheuse des chutes de Khone Phapheng, infranchissable à la navigation. C'est ce verrou géologique qui explique l'histoire récente de la région : les Français y ont construit à la fin du XIXe siècle un chemin de fer de 7 kilomètres reliant Don Det à Don Khone pour contourner les rapides, dont on voit encore les locomotives rouillées et le pont métallique entre les deux îles.
La province de Champassak, qui englobe la majeure partie du sud, est peuplée de Lao Loum des plaines, riziculteurs, mais aussi de communautés môn-khmères installées sur les hauteurs des Bolovens et le long de la frontière vietnamienne. Champassak ville, ancienne capitale d'un royaume distinct entre 1713 et 1946, conserve quelques maisons coloniales alignées sur l'unique avenue qui longe le fleuve. À une dizaine de kilomètres au sud, le sanctuaire khmer de Vat Phou, inscrit à l'UNESCO en 2001, précède Angkor de plusieurs siècles : ses premiers édifices datent du Ve siècle, l'essentiel des structures visibles aujourd'hui du XIe. Le sanctuaire est adossé au mont Phou Kao, dont le sommet en forme de linga naturel explique sans doute le choix du site par les bâtisseurs. La fête annuelle de Vat Phou, en février, à la pleine lune du troisième mois lunaire, attire des pèlerins de tout le sud du Laos et du nord-est thaïlandais.
Plus au sud, l'archipel du Si Phan Don s'organise autour de trois îles principales. Don Khong, la plus grande (18 km de long), reste agricole et peu touristique : les villages comme Muang Khong ou Ban Hin Siew vivent du riz, du poisson et de l'élevage de buffles. Don Det concentre l'hébergement backpacker au nord de l'île, tandis que sa voisine Don Khone, reliée par le pont français, conserve un caractère plus calme avec ses temples et ses anciens bâtiments administratifs coloniaux. Entre les îles, les pêcheurs tendent encore les li, ces pièges en bambou installés dans les rapides pour capturer les poissons migrateurs lors de la décrue.
Les eaux profondes au sud de Don Khone, près du village de Ban Hang Khone, abritent l'une des dernières populations de dauphins de l'Irrawaddy du Mékong. Les comptages récents font état d'une trentaine d'individus partagés avec le Cambodge voisin. Nous organisons l'observation en pirogue à moteur depuis Ban Nakasang ou Ban Hang Khone, généralement en fin d'après-midi quand les dauphins remontent respirer dans le bassin profond. La sortie dure environ une heure et reste tributaire des conditions du fleuve.
L'économie du sud repose sur le riz de plaine, la pêche, et de plus en plus sur le café arabica et robusta cultivé en altitude sur les Bolovens, voisins immédiats. Les marchés de Paksé, notamment Talat Dao Heuang le long du Sedone, mélangent produits laotiens et marchandises thaïlandaises qui traversent le pont de l'Amitié II. Côté cuisine, le sud se distingue par son penchant pour les saveurs amères et fermentées : le tam mak hoong y est plus relevé qu'au nord, le padaek (saumure de poisson) plus présent, et le or lam, ragoût épais à base de viande de buffle, d'aubergines amères et de bois sakhan, vient en réalité de Luang Prabang mais se retrouve sur les tables de Champassak.
À découvrir
Vat Phou et le mont Phou Kao. Sanctuaire khmer pré-angkorien étagé en terrasses jusqu'à la source sacrée, à parcourir tôt le matin avant que la pierre ne chauffe. Les frangipaniers centenaires bordent l'allée processionnelle de 250 mètres.
Observation des dauphins de l'Irrawaddy. Sortie en pirogue depuis Ban Hang Khone, au sud de Don Khone, dans le bassin frontalier avec le Cambodge. Une trentaine d'individus subsistent, observables en fin d'après-midi quand le fleuve s'apaise.
Vélo sur Don Khone et Don Det. 30 kilomètres de pistes plates entre rizières, palmiers à sucre et anciens vestiges ferroviaires français. La traversée du pont métallique de 1910 relie les deux îles en quelques minutes.
Chutes de Khone Phapheng. Le plus gros débit fluvial d'Asie du Sud-Est, particulièrement spectaculaire en août-septembre quand le Mékong est à son maximum. La barre rocheuse s'étend sur près de 10 kilomètres en biais à travers le fleuve.
Marché matinal de Champassak. Marché de village où les pêcheurs apportent leur prise du Mékong avant 7h : poissons-chats, carpes locales, parfois anguilles. Les vendeuses préparent le khao jee pâté, sandwich laotien hérité de la période française.
Quand y aller
La meilleure période pour visiter le sud s'étend de novembre à février : températures comprises entre 20 et 30°C, ciel dégagé, fleuve encore haut après la mousson. Décembre et janvier sont les mois les plus secs et les plus agréables pour le vélo dans les îles, avec des nuits parfois fraîches sur Don Khong (16-18°C). De mars à mai, la chaleur devient lourde, jusqu'à 38°C à Paksé en avril, et les brûlis agricoles dans la région et le nord du Cambodge chargent l'air d'une brume persistante qui réduit la visibilité, y compris sur Vat Phou.
La mousson court de juin à octobre, avec un pic en août-septembre (cumuls dépassant 300 mm mensuels). C'est paradoxalement la période où les chutes de Khone Phapheng et de Liphi sont les plus impressionnantes, le Mékong charriant alors jusqu'à 50 000 m³/seconde. En contrepartie, certaines pistes des îles deviennent boueuses et l'observation des dauphins est plus aléatoire, l'eau trouble compliquant le repérage. Nous déconseillons juillet-août aux voyageurs prioritairement intéressés par Vat Phou : la pierre glisse et les escaliers d'accès au sanctuaire supérieur sont parfois fermés.
Conseils pratiques
Nous recommandons de consacrer au minimum 3 jours pleins au sud : une journée à Champassak et Vat Phou, deux jours dans le Si Phan Don pour profiter du rythme des îles sans courir. Quatre à cinq jours permettent d'ajouter une boucle sur le plateau des Bolovens voisin, articulation logique tant les deux régions partagent Paksé comme porte d'entrée. L'aéroport de Paksé reçoit des vols directs depuis Vientiane (1h15), Siem Reap et Bangkok ; la route depuis Vientiane via Savannakhet demande deux jours par la voie terrestre, peu pertinents sauf intérêt spécifique pour le centre du pays.
Le sud se combine naturellement avec le plateau des Bolovens (cascades, plantations de café, villages katu et alak) en boucle de 5 à 7 jours depuis Paksé, et constitue souvent la fin d'un itinéraire descendant depuis Luang Prabang et Vientiane. La continuité vers le Cambodge est possible par voie terrestre via le poste de Veun Kham-Trapeang Kriel, à 30 minutes de Don Det, ce qui en fait un point de transit cohérent pour un voyage régional. Le confort hôtelier reste modeste sur Don Det et Don Khone (guesthouses, quelques boutique-hôtels), plus établi à Champassak et Paksé. La région convient aux contemplatifs, aux amateurs d'archéologie khmère et aux familles avec enfants à partir de 7-8 ans, le vélo dans les îles étant accessible et sécurisant.








