On a identifié le « patient zéro », le témoignage de Laurent Granier, directeur de l'agence Laos Travel Mood

On a identifié le « patient zéro », le témoignage de Laurent Granier, directeur de l'agence Laos Travel Mood

27 avr. 2020

Laurent GRANIER, co-fondateur et directeur de l’agence locale Laos Travel Mood, membre du réseau Nomadays, a vécu l’évolution du Covid-19 entre le Laos et l’Europe. Depuis Ventiane, il retrace de façon intime et chronologique la quête du patient zéro.

Les inquiétudes et l’espoir à l’arrivée du Covid-19

« 2020 s’annonçait comme une belle année pour notre équipe de 15 collaborateurs laotiens et français.

On se projetait avec enthousiasme à la date du 10 octobre, qui marquera nos 10 ans d’existence.

Au Laos, on vit plus au fil des saisons touristiques que des années calendaires. Pour nous, la saison la plus fréquentée de l’année va du mois d’octobre au mois d’avril. Alors quand on a entendu parler du Coronavirus pour la première fois courant janvier, on était en pleine activité. Comme d’habitude on s’afférait à opérer les voyages que nous avions organisés quelques mois auparavant.

Habituellement, dans la continuité de nos efforts de promotion de l’agence et du Laos, nous faisons des tournées commerciales en Europe. Ce qui a été encore le cas en février dernier avec des prospections en Belgique, à Marseille et à Paris.

Et au fur et à mesure que les jours passaient, on sentait bien que la situation du Coronavirus évoluait et que les inquiétudes grandissaient. Chez les professionnels du voyage, de l’aérien, de l’hôtellerie et de tous les métiers du tourisme. Pour beaucoup d’entre nous, on pensait que la Chine était capable grâce à son régime fort, ses mesures d’isolement et de confinement de contrôler la propagation de ce virus à l’intérieur de ses frontières. Mais en fait, non.

Vers la mi-février (j’étais en Belgique), la profession était bien sûr inquiète, mais disons qu’un certain optimisme régnait encore malgré tout. On communiquait régulièrement et on se disait qu’en faisant attention, en étant prudent, on pouvait encore continuer de faire comme si de rien n’était, ou presque. « Le Laos n’est encore pas officiellement touché. Il y a bien des suspicions mais les tests sont négatifs. Personne ne panique ».

Puis, j’arrive en France et là, c’est le basculement.

Prise de conscience face au Covid-19

Ce qui n’était encore « qu’un problème chinois et asiatique » devient un phénomène mondial. L’Europe est touchée. L’Italie d’abord. Les chaines d’infos en continu se délectent et j’entends parler pour la première fois du « patient zéro ». Ce premier homme ou cette première femme à avoir été contaminé(e).

Puis c’est au tour de la France d’être touchée : le « foyer » identifié à Creil, dans les Hauts de France, les premiers cas à Compiègne, à Amiens, et tout s’enchaîne. Le lien avec l’Alsace et le rassemblement religieux à Mulhouse suivent. Et on dit que les premiers cas contaminés seraient des vacanciers de retour des stations de ski italiennes.

Alors qu’il n’y a encore que très peu de cas déclarés, la recherche du patient zéro tourne à l’obsession (médiatique). Pouvoir l’identifier, c’est être capable de remonter la chaine des personnes en contact, de les prévenir et de les isoler. Dans l’espoir d’éviter une pandémie et un confinement global de la population.

Mais rien n’y fait. La panique gagne le monde. Les gouvernements prennent des mesures disparates, les compagnies aériennes réduisent leurs vols internationaux. C’est l’état d’urgence. Tout s’accélère.

Je suis de retour au Laos fin février et comme tout le monde je ne peux que constater les dégâts.

Entre la gestion chronophage des reports et annulations de dossiers, il y a aussi les urgences opérationnelles à traiter. Nos derniers voyageurs sont partis le 21 mars et depuis le pays est fermé.

La réalité de la situation au Laos

Et jusqu’à cette date, aucun cas positif n’était officiellement référencé au Laos, malgré les nombreux tests, tous supervisés par l’OMS. Mais pour beaucoup au Laos, cette situation est suspecte, voire pesante. Les autorités jouent-elles la transparence ?

Et puis, la réalité nous a rattrapés. Les deux premiers cas de personnes infectées au Covid-19 ont été annoncés le 24 mars. : une guide touristique free-lance et un employé d’un hôtel de luxe. Le troisième cas suivra rapidement, un chauffeur de van touristique sur Luang Prabang, capitale touristique, culturelle et spirituelle au nord du Laos. C’est le chauffeur qui avait accompagné la guide et ses clients.

Le « patient zéro » au Laos est une patiente.

Bien entendu, leur agenda a été passé au peigne fin afin de prévenir leurs contacts et de se déclarer en cas de signes de la maladie. Suite à ce travail de prévention, et après le passage de la guide et de ses visiteurs dans un village du nord Laos, le-dit village décide de s’auto-confiner. Toutes les personnes extérieures au village sont expulsées.

La peur gagne les esprits si bien que les hôtels ferment, au début par mesure préventive puis ensuite contraints par décret.

Il se trouve que notre agence de voyage local connait bien la guide et le chauffeur car ce sont eux qui ont accompagnés nos derniers clients : 3 ressortissants français en voyage du 12 au 21 mars. Nos fameux derniers voyageurs partis du Laos avant la fermeture des frontières. La guide a vraisemblablement été contaminée par son précédent groupe de voyageurs, des séniors originaires d’Alsace qu’elle a accompagné du 7 au 10 mars pour le compte d’une autre agence locale. On le sait car certains de ces participants ont été testés positifs au Covid-19 au Cambodge après leur voyage au Laos.

De là c’est l’emballement médiatique au Laos. Surtout sur les réseaux sociaux car le Laos est un pays jeune et très connecté à Internet. Chacun y va de ses commentaires pour savoir « qui c’est ».

Le Laos vient officiellement d’entrer de pleins pieds dans le monde des pays contaminés. Pour nous, c’est une forme de délivrance car la suspicion devenait trop forte. Pourquoi le Laos aurait-il échappé au virus tueur ?

Entre temps, on apprenait que nos 3 clients français étaient eux aussi contaminés. La boucle était bouclée. Ils sont chez eux, et hors de danger avec des symptômes légers.

Le gouvernement laotien a ensuite réagi rapidement et a imposé un confinement qui dure maintenant depuis le 30 mars. Le Laos est aujourd’hui reclu sur lui-même.

Aujourd’hui, ce sont 19 cas officiels qui ont été enregistrés au Laos. Dont un seul étranger, ressortissant de Papouaise Nouvelle Guinée qui travaille dans le secteur minier. Deux laotiens sont sortis guéris de l’hôpital, mais ce n’est pas encore le cas pour notre guide et notre chauffeur, même s’ils vont plutôt bien. Après plus de 3 semaines de soins et d’observation, ils ont tous deux fait un premier test qui s’est révélé négatif au Covid-19, mais ils attendent avec impatience leur deuxième test de négativité pour pouvoir sortir de l’hôpital.

Aucun nouveau cas n’a actuellement été annoncé, nous restons vigilents."

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